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lunes, 23 de junio de 2014

MARIE BONAPARTE, un personnage exceptionnel


(Saint-Cloud, 2 juillet 1882 - Saint-Tropez, 1962)


Marie Bonaparte est née dans un milieu aristocratique mais la manque d'affection depuis sa petite enfance fît d'elle une personnalité hystérique et incapable de jouissance.
Sa forte personnalité et son désir de se remettre de ses crises lui firent essayer toute sorte de thérapies, même la chirurgie, jusqu'à qu'un ami très proche lui parle de Sigmund Freud et la méthode psychanalytique. Sans crainte de rien, Marie Bonaparte se livrera à une longue thérapie qui marquera un point incontournable dans sa vie et dans celle de ses proches (notamment son mari le prince de Grèce, qui lui donne le titre royal, et ses deux enfants), mais aussi dans celle de Freud et sa famille puisque ce sera Marie qui fera tout pour épargner à Freud de la menace des nazies.

D'abord patiente et après psychanalyste, son oeuvre a analysée la sexualité féminine.

Son regard nous parle de sa perspicacité. (Photo: Gisèle Freund)
Sigmund Freud tient par le bras Marie Bonaparte, qui est allée le recevoir à Paris, après avoir payé aux nazies une rançon pour que les Freud puissent quitter l'Autriche.

Ici, vous avez le lien au téléfilm tourné en 2004 et dont la protagoniste a été l'excellente actrice Catherine Deneuve. Les traits les plus intéressants sont les données historiques et la contextualisation de l'histoire personnelle et sociale de la princesse qui est devenue psychanalyste après avoir été l'une des patientes auxquelles Freud s'est le plus attaché. 




jueves, 3 de abril de 2014

Cinéma actuel: GUILLAUME ET LES GARÇONS, À TABLE!

Les Garçons et Guillaume, à Table!



Guillaume Gallienne a crée une histoire tendre et pleine d'humour sur lui et sa famille, persuadée qu'il n'est pas un garçon comme les autres. Son périple de découverte de ce qu'on appelle "identité sexuelle" nous amuse au même temps que nous fait réflechir sur notre rôle dans la famille et dans la société.

5 PRIX CÉSAR 2014 POUR LE FILM

5 César ! Vendredi soir, Guillaume Gallienne a décroché 5 récompenses à la cérémonie des César pour son film Les Garçons et Guillaume à table : Meilleur film, Meilleur acteur, Meilleure adaptation, Meilleur montage, Meilleur premier film.
« J’espérais le César du Premier film » reconnait Guillaume Gallienne. « Pour le Meilleur acteur, j’étais très sonné et très très ému. Je le suis encore. Parce que quand même… Déjà, d’être nommé avec les autres, je m’en contentais. C’est vrai… Michel Bouquet, quoi ! » continue l’acteur.
Trois jours plus tard, Guillaume Gallienne est toujours sous le choc ? « Heureusement ! Heureusement que je dis pas, ok, passons à autre chose » sourit-il avant de confier qu’il a voté pour lui aux César… sauf pour Meilleur acteur. Il a voté pour Grégory Gadebois, l’acteur de Mon âme par toi guérie.

Guillaume Gallienne : "le César du meilleur acteur est celui qui m'a le plus ému"

 

Avec cinq César pour son premier film, Les Garçons et Guillaume, à table !Guillaume Gallienne a dominé la soirée des César vendredi soir. Après autant de récompenses, il était l'invité des JT de France 2 et TF1 ce samedi soir. L'acteur s'est évidement dit très honoré d'avoir reçu autant de prix pour son premier film. Et s'il avoue être très heureux d'avoir été récompensé du César du Meilleur film "pour l'ensemble de l'équipe du film, et tout ceux qui n'ont pas eu le César, en particulier Françoise Fabian, qui mériterait le César d'honneur pour l'ensemble de sa carrière", l'acteur de la Comédie Française s'est dit particulièrement ému par son César du Meilleur acteur.
"Le césar du meilleur acteur est celui qui m'a le plus fauché. Je suis très ému par ce César." a-t-il expliqué. Et au lendemain de ses récompenses Guillaume Gallienne tente déjà de rester humble. "Faut faire gaffe au melon, mes potes du Français vont m'aider, je compte sur eux (...) Il y a une bienveillance entre nous. Eux vont me protéger de ça" révèle -il sur TF1 et France 2, en parlant de ses collègues de la Comédie Française, qu'il n'a pas oublié de remercier hier soir. D'autant que le comédien ne pensait pas susciter autant d'engouement avec son film. Mais en analysant le succès, il imagine que "peut être les spectateurs peuvent se reconnaitre dans plein de questions qui sont dans le film, et en même temps ils ne se sentent pas agressés, parce que c'est à titre personnel et sur le ton de l'humour".
Après le spectacle Les Garçons et Guillaume, à table ! qui a débuté il y a 7 ans, puis le film qui a rassemblé plus de 2.6 millions de spectateurs au cinéma, Guillaume Gallienne est déjà sur un autre projet. "J'écris mon second film. Le rôle principal est une femme que je ne jouerai pas" annonce t-il à Claire Chazal sur TF1 avant d'ajouter à Marie Drucker sur France 2 que le film est "inspiré d'un histoire vraie mais pas personnelle".
  
Et le point de vue de la critique:


miércoles, 12 de marzo de 2014

UN FILM QUI VA NOUS PLAIRE: "SE BATTRE"

«Se battre», un film qui rend hommage à ceux qui luttent pour survivre

 

Nous sommes submergés d’informations à propos de toutes ces révoltes qui constellent la France. Pas un jour sans une nouvelle corporation qui se plaint, qui proteste et qui se bat. Dans la rue. Qui bloque, un temps, l’activité économique du pays.

Au même moment, l’hiver s’installant, les média nous offrent le marronnier traditionnel : l’UNICEF publie un rapport (1) pour dire que le nombre des enfants pauvres augmente (comme si c’était beaucoup plus grave que l’augmentation du nombre total des pauvres dont ils font partie). Les Restos du Cœur ouvrent leurs portes, les Banques alimentaires collectent des aliments aux sorties des supermarchés : tout le monde s’accorde pour dire que, cet hiver, il faudra distribuer davantage de repas. Des familles mal-logées ont campé durant tout le mois de novembre place de la République à Paris, dans l’indifférence presque générale (elles ont levé le camp après promesse du ministère du logement de reloger 300 familles).

L’Europe décide une subvention de 3,5 milliards pour l’aide alimentaire, mais France 3 Lorraine diffuse le 30 novembre une émission sur la pauvreté qui regroupe sur le plateau quatre représentants d’associations caritatives pour traiter du problème. Comme si les pouvoirs publics étaient totalement hors course, non concernés, alors qu’ils financent (pas suffisamment, compte tenu de l'ampleur du désastre), avec l’impôt des citoyens, non seulement cette aide alimentaire européenne, non seulement des budgets d’aide directe (dont CCAS, Aide sociale à l’enfance) mais aussi une partie des ressources des associations (par la déduction d’impôts sur les dons). 

Cette générosité des individus est bien sûr fort louable, elle est l’expression d’une forme de solidarité nécessaire, mais elle n’est tolérable que si s’exprime également la solidarité essentielle, c’est-à-dire celle qui relève de la collectivité. Sauf que la solidarité publique n’est pas photogénique, donc les média ne s’y intéressent pas, et les « libéraux » y voient une dépense supplémentaire, donc à proscrire. Lorsque le premier ministre décide de mettre en place une garantie jeunes (donc une mesure de politique sociale en faveur de jeunes démunis), il se plaint (France Inter du 20 novembre au micro de Patrick Cohen) d’entendre la droite lui rétorquer : « assistanat, assistanat » (une droite qui se garde bien pourtant de reprocher aux caritatifs leurs actions d’assistance).

Donc, les uns se battent pour défendre leurs intérêts, parfois à juste titre ; les autres ont droit à la compassion, à la charité, à la générosité, mais ne se battent pas, ne défilent pas avec calicots dans les rues, ne prennent pas la parole à la Bastille.

« Plus tu pleures, plus tu ramasses la misère »
Jean-Pierre Duret et Andrea Santana ont réalisé un film particulièrement émouvant qui est consacré à ces silencieux, à ces invisibles, à ces gens sans parole. Se battre est un documentaire tourné à Givors (dans le Rhône, entre Saint-Etienne et Lyon), ville ouvrière victime de la désindustrialisation. Pour qui la connaît, ville triste s’il en est. La caméra suit des personnes modestes, pauvres, très pauvres, dignes, très dignes. Parfois, on les voit seulement évoluer dans leur quotidien, parfois ils expriment ce qu’ils ressentent. Et les mots, les phrases qu’ils prononcent ne peuvent laisser insensibles. La projection terminée, on éprouve de la colère. Contre un système qui jette sur le pavé tant de gens qui se taisent, et aussi contre ceux qui déversent à longueur de journée, dans les média, des politiques ou des « experts », leur mépris à l’encontre de ces misères et de ces parias qui, pourtant, se battent pour survivre. Car ils se battent au quotidien, à leur manière, pas de façon tonitruante, pas un combat public, mais une bataille de tous les instants, cachée, isolée. Et l’on vient à se demander, alors que l’on bénéficie d’un certain confort, où trouvent-ils, eux, les ressources de leur combat ?
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 Se battre : le film débute par un combat de boxe : filmé comme dans une fiction, mais là c'est la réalité... 
Ce qu’ils nous disent « c’est la rage ». « Il faut y passer pour comprendre », dit une femme tout en récusant le mot « misère » : « la misère c’est quand on dort dehors ». Et ces gens-là, figurez-vous, ils ont un toit, et ils aiment leur cité, les odeurs, l’accueil chez les voisins, la solidarité. Mais sans emploi, sans ressources, ou si peu. Un jeune homme se souvient de son enfance : les fins de mois difficiles (même pas assez pour acheter une baguette), sa mère qui pleurait, ses parents qui se disputaient. Mais il ne faut pas pleurer, il faut aller de l’avant : « Plus tu pleures, plus tu ramasses la misère. Quand tu ne pleures pas, la misère ne vient pas ».

On assiste aux demandes gênées de colis au Secours Populaire, on mesure les exigences des Restos du Cœur qui, pour éviter toute accusation de laxisme, réclament de nombreux justificatifs. Et les poubelles d’aliments, derrière les supermarchés, sont discrètement fouillées.

Le film montre tout ce qui est fait par les associations caritatives pour aider des personnes qui se rendent à l’épicerie sociale avec 2,5 € en poche (toute leur fortune à cet instant) ou qui sont embauchées dans un jardin d'insertion.
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Les Jardins de Lucie, chantier d'insertion, à Communay (réseau Cocagne)
Des scènes très touchantes rendent compte de la souffrance sociale au-delà de tout discours, de toute démonstration : une femme se rend chaque jour auprès du Gier, la rivière qui traverse la ville, donner du pain aux canards, cygnes et ragondins, qui la connaissent et viennent au devant d’elle (elle récupère des croûtons où elle peut). Jadis, elle fréquentait une bibliothèque, mais désormais elle n’y voit plus très bien. Elle n’a pas les moyens d’acheter des lunettes adaptées et ne peut avouer comment elle se nourrit pour survivre : « je suis exclue de tout. Je n’ai plus de petits plaisirs, excepté venir là donner à manger à ces animaux ». Elle a accroché son sac rempli de pain sec à des petites branches d’un arbre. Pour le récupérer, elle va mettre beaucoup de temps, tellement elle veut protéger ces petites branches, ces petites feuilles. Cette scène, prise sur le vif, est totalement inattendue. Aucun scénario ne pourrait l'envisager : on retient son souffle, à regarder cette femme, toute remplie de respect, de délicatesse, pour ce qui l’environne : ces animaux sauvages, cet arbre. Elle qui a pensé se jeter dans cette rivière pour s’y fondre définitivement. Ne faire de mal à personne, juste disparaître.
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Elle donne du pain sec aux canards, cygnes et ragondins, mais par pudeur ne peut nous dire comment elle se nourit pour survivre
Les femmes, aux avant-postes de la résistance
Une ancienne directrice commerciale d’une maison d’édition, qui gagnait très bien sa vie, désormais survit avec rien : « à 60 ans, on nous met dans le caniveau. Je me lève pourquoi ? Pourtant ma vie n’est pas finie. Je me bats ».

Le documentaire met en valeur l’engagement des bénévoles du Secours Populaire, et il est évident qu’ils font preuve d’un dévouement admirable (consacrant souvent l’essentiel de leur temps libre à l’association). Lors d’une projection (festival de Ciné 32 à Auch), j’ai interrogé Jean-Pierre Duret, le réalisateur : qu’en est-il, à Givors, du rôle de la collectivité publique dans la lutte contre la pauvreté ? Il a répondu qu’il n’avait pas filmé les responsables politiques mais a reconnu que la municipalité (majorité PC-PS) faisait beaucoup pour la population défavorisée.

Jean-Pierre Duret n’imaginait pas découvrir en France une telle situation, lui qui avait, auparavant, traité de la pauvreté au Brésil où il a tourné plusieurs films sur le sujet avec Andrea Santana. Il a voulu donner la parole à ces pauvres non représentés, non entendus, et affirmer que nous partageons avec eux des aspirations communes, qu’ils n’ont plus la possibilité d’exprimer. « Ils ont un point de vue sur ce qui leur arrive. Et ils ont une énergie de vie extraordinaire ». Il a rendu un hommage appuyé aux femmes : « les femmes sont aux avant-postes de la résistance, au nom de leurs enfants ». Ces personnages sont beaux, ils se livrent avec pudeur mais aussi avec sincérité. « Ils sont beaux parce qu’aussi ils se savent regardés », a commenté,  les larmes aux yeux, le président du festival, cinéphile ô combien averti. Et il est vrai que tout l'art des cinéastes est de nous donner à voir la richesse de ces êtres dont la vie de galère est tellement niée par les débats publics. Ces "acteurs" nous livrent ce qu'ils sont réellement : pour cela, ce film mérite de trouver un large public.

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 Visite d'un bénévole du Secours Populaire auprès d'une famille réfugiée qui squatte un local sans confort

 [Les photos du film m'ont été aimablement communiquées par Jean-Pierre Duret et Andrea Santana. Le film n'est pas encore diffusé mais devrait l'être très prochainement]

Bande-annoce du film: http://www.sebattre.com/bande-annonce

domingo, 2 de febrero de 2014

La Grande Guerre au cinéma. LA FRANCE, de Serge Bozon (bande annonce)



Régiste: Serge Bozon. Acteurs: Sylvie testud, Pascal greggory, Guillaume Depardieu. France, 2007.

Synopse


Automne 1917. Au loin, la guerre bat son plein. A l'arrière, Camille, une jeune femme, vit au rythme des nouvelles de son mari parti au front. Mais un jour, elle reçoit une courte lettre de rupture. Bouleversée et prête à tout, elle décide de se travestir en homme pour le rejoindre. Elle se dirige vers le front, empruntant les chemins de traverse afin d'échapper à la vigilance des gendarmes. Dans une forêt, elle rencontre une petite troupe de soldats qui ne se doutent pas de sa véritable identité.

Elle va les suivre, et changer ainsi de vie, découvrant au fil des jours et des nuits ce qu'elle n'aurait pu imaginer, ce que son mari ne lui avait jamais raconté et ce que ses nouveaux compagnons se garderont de lui révéler : la France.



sábado, 25 de enero de 2014

La grande guerre au cinéma: LA VIE ET RIEN D'AUTRE, de Bertrand Tavernier

Cette année on commémore le centenaire de La Grande Guerre, la première guerre mondiale qui marquera tout le XXè siècle et de laquelle on connaît assez moins que de celle qui suivra du 1939 à 1945.
Le cinéma s'est approché à cet meurtrier événement dès le début. Ici je vous propose quelques fragments de films français qui l'ont eue comme élément protagoniste du récit ou comme symbole d'une idée plus transcendante.




LA VIE ET RIEN D'AUTRE (1989) est un extraordinaire film de Bertrand Tavernier (http://fr.wikipedia.org/wiki/Bertrand_Tavernier) qui traduit très bien la crise morale qui s'en dérive de toutes les guerres, même si on en sort comme vainqueurs.

Synopse:

1920, deux ans après la fin de la Première Guerre mondiale, le commandant Dellaplane (Philippe Noiret) est chargé de recenser les soldats disparus. Il rencontrera sur son chemin deux femmes :
  • Irène, une dame du monde exigeante (Sabine Azéma) arrivant dans sa limousine cherchant son mari disparu ;
Pour raisons de déontologie, il s'oppose à sa hiérarchie lorsqu'elle lui ordonne de procéder à la recherche de la dépouille du poilu qui sera le soldat inconnu sous l'Arc de triomphe. Bien que troublé par le charme froid d'Irène qui n'arrête pas de croiser sa route, il poursuit sa tâche et va bientôt comprendre pourquoi Alice et elle, après un long parcours à la recherche de leurs hommes, vont se retrouver près d'un tunnel effondré où est enseveli un train sanitaire disparu. La vérité va bientôt lui apparaître, étrange et dure comme la vie, comme la guerre.

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Le fragment que vous pouvez entendre correspond à la lettre que le protagoniste, un commandant de l'Armée joué par le grand acteur Philippe Noiret  (http://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Noiret) écrit à la dame qu'il aime (Sabine Azéma) et qui a quitté la France pour les États Unis une fois la guerre est finie.

OFF: 

"Irène, très chère Irène, Votre lettre m'a donné une très grande joie parce qu'elle m'apportait un grand espoir. Enfin vous! Enfin quelques mots me rendaient votre voix, votre regard, l'émouvante silhouette de mes jours et de mes nuits de solitude! Dieu veuille que mon message vous atteigne à New York avant ce grand départ que vous m'annoncez pour le Wisconsin. J'ai eu du mal à le découvrir sur mon globe. Comment vous y retrouverais-je si vous aviez l'imprudence d'aller vous y perdre?
"Nouvelle vie" dites-vous, "nouvelles têtes, nouveau départ". Qu'avez-vous besoin de toute cette nouveauté, vous qui renouvelez si bien toutes choses et notamment le vieux cœur des vieux hommes?
Vous n'avez compris ni mon trouble ni mon silence. Ai-je compris moi-même? J'étais, je suis encore tremblant de mon immense tendresse, et votre véhémence, votre flamme me paralysaient... nuit effrayante dans mon souvenir. Il suffisait que je murmure les trois mots dont vous me lanciez le défi et je me suis tû. Aujourd'hui, je les crie cent fois par jour, de toutes les forces qui me restent, souhaitant qu'ils passent la formidable étendue qui nous sépare: je vous aime, oui je vous aime, à jamais.
Cet aveu vous donnera à rire après autant de mois de séparation. Il me soulage, il m'assure que je suis vivant, en paix avec moi même; le reste ..
J'ai pris de grandes résolutions. Par exemple, celle de me séparer de l'Armée, laquelle n'a d'ailleurs fait aucune difficulté pour me libérer .
Et, comme j'ai de goût ni pour les villes ni pour les cravates j'ai regagné la terre de mon enfance où je dispose d'une maison de famille entourée de quelques hectares de rocaille et de vignoble .
Je vous offre sans trop d'illusion cette royauté dérisoire. Il est dix heures du soir. L'air sent l'odeur de crottin, de menthe et de caramel parce que j'ai fait tomber du sucre sur ma cuisinière. Demain matin j'irais voir si les sangliers de mon petit bois sont partis pour L'Espagne et je commencerai d'attendre. De vous attendre. Je vous attends déjà. Je n'attendrai pas plus de cent ans. Mettons sans haine .
Post scriptum: 
C'est la dernière fois que je vous importune avec mes chiffres terribles. Mais par comparaison avec les prosXXX à descendre sur les Champs Elysées lors le défilé de la Victoire, environ trois heures je crois, j'ai calculé que dans les mêmes conditions de vitesse, de marche et de formation réglementaire, la défilée des pauvres morts de cette inexpiable folie n'aurait pas durée moins d'onze jours et d'onze nuits. Pardonnez-moi cette précision accablante.
À vous, ma vie"

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